Sexualité et violence, un mariage compliqué

Sexualité et violence, un mariage compliqué

La sexualité est-elle nécessairement agressive ? Est-ce que le fantasme de violence est partagé par beaucoup ? Pourquoi voit-on tant de brutalité dans la production pornographique ? Les mouvements féministes ont-ils un rôle à jouer contre la violence ?

Aujourd’hui, je souhaite évoquer la sexualité, la violence et ce lien intime qui lie ces deux activités. En effet, la sexualité présente un fort potentiel violent. Je vais t’expliquer en quoi la drague peut être agressive, puis dans une seconde partie nous nous intéresserons au coït. Je finirais pour évoquer les envies de violence et d’agressivité comme élément d’excitation et de fantasme.

Quand la drague est une attitude agressive.

Le piège d'une sexualité violente

Un ressenti interne fort

Dès le début, l’attirance d’une personne envers une autre est déjà un acte intense même si ce n’est pas de la violence physique. Il y a une certaine violence est interne. Dès que tu es attiré(e) par quelqu’un, tu le ressens très fortement au fond de toi, parfois d’une violence sourde. L’amour, ça fait mal, tu ne dors pas bien, tu stresses beaucoup tant que tu n’es pas sur(e) de la réciprocité des sentiments. Et même quand c’est le cas, tu souffres de les perdre.

La séduction

Ensuite, la phase de séduction reste très proche d’une chasse. Tu vas « attaquer » en lançant la conversation pour prendre la cible au piège. D’ailleurs dans le langage populaire, on dit qu’il ou elle « est tombé(e) dans ses filets ». On annonce aussi « qu’il ou qu’elle est en chasse » pour désigner l’action de séduire. On parle aussi de conquêtes, comme dans les grandes épopées guerrières. Ce champ lexical martial est violent par ce à quoi il renvoie. Ne dit-on pas d’un séducteur qu’il est un tombeur ? C’est l’image du guerrier qui met à terre tous ces ennemis.

La brutalité reste généralement contenue au vocabulaire. À la chasse, la traque et l’approche doivent se faire aussi sans effrayer l’animal. L’agressivité ne viendra qu’au moment de porter le coup fatal dans le cas de la chasse en tout cas. Sauf si tu es un serial killer, mais là c’est une autre histoire qui en général finit mal.

La violence se poursuit ensuite dans la sexualité et à travers l’acte.

L’agressivité dans la sexualité

sexualité violente

Un vocabulaire de la sexualité d’une extrême violence

Dans la vie de tous les jours, les verbes associés à la sexualité viennent ponctuer des moments négatifs. On dit qu’on vient de se faire niquer, se faire enculer ou encore de se la prendre bien profond. Ce langage vulgaire et imagé renvoie à des paroles à caractère homophobe. C’est également très misogyne puisque le vainqueur est forcement un homme qui réussirait à gagner avec son pénis.

Le vocabulaire du sexe est profondément agressif dès qu’il y a pénétration, par exemple avec les verbes : démonter, bousculer, déboiter, prendre, péter (l’anus). Les mots sont des mots de destruction, avec une sorte de volonté d’abimer, de détruire. Il y a une domination de celui qui va pénétrer celui ou celle qui se soumet. Le pénis va asservir la ou le partenaire.

Le coït peut être aussi très violent

Puis pendant l’acte, on défonce, pilonne, déchire, éclate les orifices. Il n’y a rien de doux dans ces mots. Il n’y a aucune intention de tendresse et de compassion. La domination est à sens unique. L’agressivité est masculine, alors que la passivité reste féminine. On est un homme quand on arrive à prendre l’ascendant sur sa partenaire. C’est très fortement ancré dans les mœurs.

La part de l’industrie pornographique dans la sexualité violente

Il suffit de constater ce que proposent les productions pornographiques pour se demander si finalement la sexualité violente que l’on constate aujourd’hui n’en serait pas largement influencée. À force de voir des biffles (je rappelle que ce sont des gifles faites avec le pénis), des fessées à tout va les consommateurs sont forcément influencés. Je ne parle même pas des pratiques de plus en plus extrêmes avec des pénétrations multiples, des gorges profondes, etc. Il y a aussi le crachat, qui est une véritable honte. Celui-ci est non seulement propulsé sur les parties génitales (certes pour lubrifier, mais il y a d’autres façons bien plus élégantes de le faire), mais aussi sur le visage ou le corps. Dans la vie, cracher sur quelqu’un est une forme de très fort mépris. Est-il concevable de le faire sur quelqu’un que l’on est censé aimer ?

Attache moi !

Je vais finir par la pratique du shibari. Pour rappel, c’est une pratique sexuelle, quel que soit ce que certains en disent qui consiste à utiliser des cordes pour entraver totalement un ou une partenaire de jeu dans des poses travaillées. Ce jeu sexuel et sensuel est tiré des méthodes japonaises utilisées pour ligoter les prisonniers pendant la guerre. On le voit ici encore, c’est un rapprochement avec une violence latente.

Dans certaines conditions cette sexualité violente peut resserrer le couple

Cependant, l’agressivité si elle est délimitée, consentie et réservée à quelques moments intimes est un bon moyen d’expression et aussi un exutoire pour le couple. Il faut bien sûr pour cela que chacun puisse jouer à tour de rôle suivant ses envies la domination ou la soumission.

Cela doit aussi être mis en place en toute bienveillance pour le plaisir de chacun. Il ne faudrait pas que ce soit à sens unique pour que cela reste positif.

D’ailleurs, le fantasme de la violence et de l’agression est récurrent chez beaucoup d’individus.

Le fantasme de l’agression ou la sexualité violente fantasmée

fantasme sexuel

La part de fantasme

Les fantasmes sont des désirs plus ou moins conscients qui mettent en ébullition ton cerveau. Je ferais prochainement un épisode spécifique à ce sujet. Ici, je vais plus particulièrement parler des fantasmes liés à des envies de violence et de domination.

Il arrive en effet parfois que tu puisses avoir des envies (sans jamais oser l’avouer ou même te l’avouer) de soumission. Tu peux aimer cela et le réclamer dans tes relations sexuelles. Peut-être fais-tu partie de la majorité silencieuse qui n’ose cependant pas l’évoquer.

Parfois trop de douceur nuit à la relation

Certaines femmes disent ne plus ressentir de plaisir avec des partenaires trop gentils. Elles veulent du sexe plus dur, qu’on leur tire les cheveux, qu’on leur donne des fessées. Certaines témoignent même qu’elles iraient même jusqu’à rompre avec leur partenaire s’il restait trop gentil dans les ébats. Les fantasmes de fessées sont nombreux, mêlant l’excitation de l’action à la peur de la douleur.

C’est surtout pour éviter d’entrer dans une sexualité « plan-plan » que ce désir nait. Parfois, il faut savoir au bon moment, dériver dans le bon sens, vers une sexualité non pas violente, mais un peu plus intensive peut-être pour pimenter la relation.

La difficulté de la différentiation

Il existe une problématique à vouloir ou à rechercher une certaine violence dans ses relations intimes. En effet, il faut réussir à mettre des barrières entre ce qui se passe au lit et dans la vie de tous les jours, aussi bien sur le plan physique que mentale. Il n’est en effet pas simple de violenter, voir humilier un ou une partenaire sexuellement tout en gardant un respect au quotidien. Les débordements de la partie violente vont prendre le pas sur la vie de tous les jours, de plus en plus, jusqu’à une potentielle emprise permanente.

Pour te donner une image, c’est un peu comme le tutoiement. Quand tu vouvoies une personne, tu mets entre vous une certaine distance. À l’opposé, le tutoiement permet de se sentir plus proche, d’être plus direct et plus franc. De la même façon avec la violence sexuelle, quand on te réclame ou que tu donnes une fessée, forcément, tu franchis un cap dans la relation. Celle-ci ne sera plus jamais un rapport d’égal à égal.

La cas particulier du fantasme de viol

Je ne vais pas m’étendre non plus sur les fantasmes de viol. C’est pareil, ce sujet nécessiterait un article à part entière tellement le sujet est délicat. Mais cela rentre tout de même dans cette envie de violence (mais il n’y a pas que cela. C’est pour cela que je ne développerais pas ici).

De la violence pour exister

N’est-ce pas finalement au fond un appel à exister ? Un vœu de vouloir dire : non, je ne suis pas qu’un être passif prêt uniquement à recevoir ! Je veux agir, en recevant cette violence. Au fond, les femmes ne chercheraient-elles pas simplement un peu plus d’égalité dans les rapports ?

Cela peut être aussi un moyen de se sentir désirée, d’être honorée. Ressentir la bestialité de l’acte tout en gardant le contrôle. Est-ce le souhait inavouable d’un retour aux sources d’une pratique un brin trop policée ? Tu peux y voir un retour vers l’être charnel en faisant oublier le statut social que la société nous fait porter.

On peut imaginer aussi une peur du mâle de voir son statut de dominant déboulonner. Pour cela il s’autorise des violences qui l’excite comme une meute de chiens courant après un gibier en fuite.

Évolution culturelle ?

couple amant

La faute aux féministes ?

Plus la femme, par les mouvements féministes, réclame l’égalité et plus la sexualité semble devenir brutale. C’est un peu comme si ce qui était perdu d’un côté devait aux yeux des hommes leur revenir par un autre.

Le plaisir masculin dans la sexualité qui a dans notre culture sur de nombreux siècles dominés le plaisir de la femme n’a plus son hégémonie depuis quelques décennies. Et c’est tant mieux. Les mouvements de libération féminine qui ont débuté dans les années 60 y ont fortement contribué. Pendant ces décennies, il était nécessaire qu’un homme veille à satisfaire sa partenaire. D’ailleurs, les productions pornographiques des années 70 et 80 pendant l’âge d’or, ont sorti beaucoup de films assez tendres, parfois comiques et souvent légers.

Mais aujourd’hui, cela ne semble plus suffisant. Les mots durs et crus ont remplacé les mots romantiques et doux. La jouissance est toujours un but (pour l’homme tout au moins), mais celle-ci nait désormais accompagnée d’obscénité (on insulte d’un côté et l’on accepte de l’autre). La violence de l’acte a pris la place à l’écoute et la tendresse.

Les mots utilisés et les paroles portées sont aussi importants que les actes physiques dans cette sexualité violente

Les mots ont un sens et ils modèlent en profondeur la pensée et ta capacité de raisonnement. Ce n’est pas pour rien que l’armée, les sectes et même les courants religieux tendent à réduire le vocabulaire de leurs disciples. Sans vocabulaire, il est difficile de penser, il n’y a plus qu’à obéir aveuglément.

Par exemple quand une femme parle d’une congénère en utilisant le terme « meuf », elle se trahit elle-même en même temps que ses sœurs (terme peu élogieux dans les années 80 pour désigner une femme d’un homme).

Il serait important de remettre les mots sur les mœurs pour éviter les maux. Au lieu de se « taper une meuf », il serait préférable de faire l’amour passionnément à une belle femme. Ne trouves-tu pas d’ailleurs que ces deux phases ne te donnent pas les mêmes images quand tu les entends ?

Lecture proposée : Petit guide de la sexualité masculine non toxique – Maïa Mazaurette – Le Monde

J’espère donc que cela aura pu t’éclairer sur la violence de plus en plus présente dans la sexualité. Ce n’est pas forcément un bien, et il n’est pas nécessaire non plus d’avoir une sexualité violente pour avoir du plaisir. Il est parfois bon, de revenir à l’essentiel qu’est le plaisir et d’oublier ce que l’on voit un peu trop partout sur les écrans.

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